La lettre de Véritas N° 192 - Extrait de la page 16 et 17

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Le 5 juillet 1962, c'est plusieurs centaines de civils innocents qui ont été enlevés ou assassinés à Oran par des fanatiques algériens, le jour de la proclamation de l'indépendance. Pourtant 18000 soldats français, gendarmes et CRS étaient présents dans la ville ce jour-là, sous les ordres du général KATZ.

 Ils furent cantonnés dans les casernes fermées, sans pouvoir en sortir, sur l’ordre criminel donné par Charles De gaulle au téléphone devant son officier d’ordonnance, qui en a fait le témoignage écrit selon des données historiques et avérées.

Le nombre de ces victimes innocentes s’élèverait à plus de 3.000 dans une seule journée dont la plupart n'a jamais été retrouvée, sauf ceux qui, atrocement mutilés, jonchaient les rues ou étaient pendus par la gorge à des crochets de boucher.

Mais un officier musulman, le Lieutenant Rabah KHELIF, eut des renseignements concernant ce qui se passait  à Oran, il téléphona au colonel commandant le secteur,  qui lui répondit : « C'est affreux, je le sais, mais les ordres sont les ordres ».

Avec son caractère bien trempé, et sa conscience patriote, le Lieutenant Khelif décida d'intervenir,  il nous l’a raconté ainsi  :  « Je commandais la 4e Compagnie du 30eme BPC. j'étais le seul officier FSNA, (Français de Souche Nord Africaine) disions-nous à l'époque, dans cette unité de chasseurs, unité d'élite.  Ayant eu des renseignements qui m'affirmaient que les membres du FLN ramassaient dans Oran et sur les routes les Pieds-Noirs et bien sûr les Musulmans qui étaient pro-français, pour les amener dans des camions et les fusiller avant de les jeter dans le Petit Lac, qui, paraît-il, actuellement,  serait cimenté. (Je préfère parler au conditionnel puisque je n'ai pas vu ces actions, elles m'ont été rapportées).

J'ai téléphoné au colonel commandant le secteur qui était mon patron hiérarchique le plus élevé et à son adjoint. Le commandant m'a dit : « Khelif, je comprends très bien ce que vous ressentez, je vous laisse faire selon votre conscience, mais attention! Je ne vous ai rien dit… ».

J'ai considéré cette réponse comme un feu vert et un encouragement. J'ai alors embarqué la moitié de ma compagnie dans les camions dont je pouvais disposer et je me suis dirigé,  sans ordre, vers un des points de regroupement, qui se trouvait devant l'ancienne Préfecture à Oran qui doit toujours être Préfecture aujourd'hui et là effectivement, j'ai vu, d'un part une colonne,  par trois ou quatre, de femmes, d'enfants, de vieillards Pieds-Noirs,  des centaines, qui étaient gardés par la valeur d'une section du FLN et qu'on s'apprêtait à embarquer pour une destination inconnue.

Devant la Préfecture, il y avait un planton. J’ai demandé à ce planton où se trouvait le Préfet. Il m'a montré un monsieur, petit, costaud, chéchia rouge qui grimpait les escaliers de la Préfecture. J'ai donc, en trois enjambées, rejoint ce Préfet et je lui ai dit :

« Monsieur le Préfet je vous donne cinq minutes pour libérer tous ces gens là, sinon on fera tout sauter. ».

Le Préfet en question n'a pas répondu, il est redescendu avec moi et il a été voir le patron de la section du FLN. La palabre n'a pas duré longtemps. Les gars du FLN sont montés dans leur camion, sont partis. le Préfet est venu avec moi et a dit à tous ces braves gens, les Pieds-Noirs  :

" Vous êtes libres ".

Oh ! C'était la joie ! Je reverrai toujours cette scène hallucinante de femmes d'enfants et de vieillards qui pleuraient, poussaient des cris hystériques, courants, tombant les uns sur les autres… ».

S'étant quelque peu éloigné de son détachement, le capitaine Kheliff  fut ensuite frappé et blessé par des civils algériens. Ses hommes vinrent le dégager, mais il évita de faire ouvrir le feu.

« Quelqu'un est venu me trouver et m'a signalé qu'il y avait des gens blessés. Je les ai fait mettre à l'abri pour se faire soigner. Puis j'ai installé des patrouilles sur les axes routiers qui menaient au port ou à l'aéroport, car j'ai appris qu'on arrêtait les gens qui fuyaient, qu'ils soient musulmans ou européens d'ailleurs.

C'était la population ou des gens armés ne faisant même pas partie de l'A.L.N., qui les arrêtaient, les volaient, les tuaient. J'ai donc mis des contrôles pour éviter cela et je les arrachais littéralement aux mains de la population.

Au risque de ma vie, souvent, je les escortais jusqu'au port, parfois seul dans ma Jeep, avec simplement mon chauffeur et mon garde du corps. J'ai fais cela en ayant le sentiment de ne faire que mon devoir. »

Il fut mis aux arrêts de rigueur, et convoqué par le général Katz qui l’admonesta sévèrement, avec une grossièreté indigne, allant jusqu'à lui dire : « Si vous n'étiez pas arabe, je vous casserais. » !

Il dut être ramené d'urgence en France pour éviter des représailles. Bien que sa carrière soit alors freinée, il parvint au grade de capitaine. En 1967, il quitta l’armée, pour raisons de santé.

Le capitaine Rabah Kheliff n'a jamais pu revoir son pays natal, ni les survivants de sa famille restés en Kabylie. L’armée française rendra néanmoins hommage au lieutenant Kheliff, le 11 juillet, sous la plume du colonel Nicolas, commandant le sous-secteur est d’Oran et le 67ème Régiment d’Infanterie  :

« Calme, énergique, et discipliné, a fait preuves des plus belles qualités de Chef et d’homme en s’exposant, personnellement, au cours d’une manifestation, le 5 juillet, pour sauver plusieurs Européens dont la vie était menacée. A été molesté en transportant des blessés en lieu sûr, mais gardant un remarquable sang-froid, a contribué à rétablir le calme sans effusion de sang.».../...

 Rabah Kellif

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